Jueves, 25 Enero 2018 02:53

ROCHER QUI SAIGNE Par ROCÍO GARCÍA REY / Traduction par Miguel Ángel Real /

Escrito por
Valora este artículo
(3 votos)

 

ROCHER QUI SAIGNE

ROCA SANGRANTE

 Rocío García Rey

 

 

Soy de nuevo la roca sangrante.

Peñascos diluidos a mi alrededor,

relojes detenidos en una arena

y en un mar al que el barco no me invitó a llegar.

Abrazos desteñidos.

Mudos silencios de tan aprendidos fríos.

Cambio el disco para oír la misma lontananza.

Estoy harta de esculpir ausencias.

Tal vez ha llegado la hora de renombrar el mar.

En él Alfonsina apaciguó el derrumbe.

Labios secos

pintados hoy sólo con el eco de las distantes olas.

¿Alfonsina, cómo pude atraparme en los vestigios de la sombra del amor?

¿Cómo pude haber tocado mi cuerpo

si el mar no nombró mi eco?

Húmedas manzanas me ofrecía Eva

y yo torpemente me di la media vuelta.

Disco rayado me enferma.

Hoy sólo quiero dormir amortajada

con las señas de las teclas de Pizarnik.

Ya no buscaré papalotes para echar a volar los relojes de la ausencia.

Ya no pronunciaré la piel para llenar mis manos de distancia:

mis manos, filamentos desnudos para desgarrar silencios.

Sólo el silencio nos convoca.

No fuimos amantes no fuimos fragatas.

Dido y Filis, sin saberlo, me he unido a la procesión de

las que cavan su propia tumba.

 

II

Estoy haciendo el recuento de los abandonos.

Ausencias en forma de piel muerta.

Quise sobrevivir.

Pude haber abrazado

los pistilos de luz que me otorgaban mis palabras.

Preferí ir a los funerales de mis abuelas suicidas.

Luego inventé mil epitafios

en los que aparecieran palabras contra el olvido.

Cartas, dolor, lamento: abismos dentro del propio abismo.

Dido, Filis, lo sé, me enseñaron a distinguir los colores del ocaso

pero yo me trepé al tren de las convenciones amorosas.

Con sombrero ascendí a los vagones de la locura

Creí que podría convertir mi dulce sombrero en chistera desteñida

acaso sacar un bosque,

un texto de las extinguidas nubes

un patidifuso tratado sobre el extenuante exilio.

El bosque fue el libro deshojado

cuyo epigrama usé para cubrir mi propio féretro.

Adiós sombreros, adiós señor Huidobro.

Adiós a los dioses en los que creyó Eneidas.

De la chistera más de una

hemos sacado mil tumbas: flores desteñidas

y textos silenciados.

Quise sobrevivir

y abracé a un muchacho centroamericano.

Acaso temores para nombrar elamor.

Regímenes de la ternura clausurados.

Tristes países en forma de piel enferma.

Somos los derrotados

Los que en girones creímos en la palabra Patria.

Patria y suicidas como emblema

de los nuevos textos.

Sólo vimos espesuras para reventar la luz en forma de palabras.

Vívida muerte la de los suicidios.

Dido, Filis, Sylvia, Alfonsina, Alejandra, saben que los únicos rezos

son la amargura del silencio.

Después lugares comunes como cadáver – sombra – muerte

Nuestros amantes partieron en barcos,

en corolas en forma de miedo.

Nuestros poemas quedaron en la bóveda de los fantasmas.

Madre de las ausentes.

Madre beso diluido.

Filis, Dido:

¿Deberé seguir compartiendo mi cuerpo con la ausencia?

¿Deberé deshojar las hojas de los libros para cubrir mi cuerpo?

Desnudez huérfana de flores.

Campanarios que sólo anuncian la tradición de la tristeza.

Estoy a punto de inhumarme.

Estoy a punto de claudicar ante la escritura de un poema.

No hallo el cuadro de Séraphine Louis

para poder recordar el discurso de las flores.

Dido, Filis, Alfonsina, Sylvia, Alejandra

¿Dónde deposito las palabras que creí tenían el color de Eros?

Tacto rezagado, maravillosamente vuelto féretro de las historias.

Trazo los nombres, nombres de las suicidas y el nombre de mi amante.

Tánatos vomita su humo de alergia al tacto, a las palabras

 

Roca sangrante será mi nombre

No importa si hay acta de defunción pintada de relato.

 

III

Nací en las deshoras del invierno

Dulce estación para aguardar tristezas

Las nuevas diosas me esperaban

Heroidas / Suicidas / Combatientes de palabras

En un reloj no caben las horas de la ausencia ni del desamor

Ni del olvido ni del abismo extendido a nuestro cuerpo.

Las diosas aún permanecen

en los anales de la sospecha de Homero y de Ulises.

No quisimos reconocer que alguna vez

besamos colores demenciales.

Espadas, seconal, pastillas muertas.

Espadas, seconal: acaso una misma tumba.

Fosa común para las que se pintaron de pasión y de locura.

 

 

IV

Cavaré mi propia tumba:

roca sangrante

roca aterida, cansada de la multiplicidad de ausencias.

Rito funerario clausurado.

Yo ocuparé el lugar de las suicidas.

Dido y Filis por fin descansarán fuera de la tumba.

 

 

 

 

ROCHER QUI SAIGNE

Par ROCÍO GARCÍA REY

 

Traduction par Miguel Ángel Real

 

 

Je suis à nouveau le rocher qui saigne.

Pierres diluées autour de moi,

horloges arrêtées dans du sable

et dans une mer que le bateau ne m'a pas invité à atteindre.

Étreintes déteintes.

Silences tus par le froid si bien appris.

Je change de disque pour entendre le même éloignement.

Je suis lasse de sculpter des absences.

Elle est peut être venue l'heure de renommer la mer.

Alfonsina y apaisa l'écroulement.

Lèvres sèches

peintes aujourd'hui juste par l'écho des vagues distantes.

Alfonsina, comment ai-je pu rester piégée dans les vestiges de l'ombre de l'amour ?

Comment ai-je pu toucher mon corps

si la mer n'a pas nommé mon écho ?

Ève m’offrait des pommes humides

et moi, maladroite, je me suis retournée.

Disque rayé j'en suis malade.

Aujourd'hui je veux seulement dormir ensevelie

dans les signes du clavier de Pizarnik.

Je ne chercherai plus de cerfs-volants pour faire voler les horloges de l'absence.

Je ne prononcerai plus la peau pour remplir mes mains de distance :

mes mains, filaments nus pour déchirer des silences.

Seulement le silence nous convoque.

Nous n'étions pas amants, nous n'étions pas frégates.

Didon et Phyllis, sans le savoir, j'ai rejoint la procession de

celles qui creusent leur propre tombe.

 

II

Je fais le décompte des renoncements.

Absences en forme de peau morte.

J'ai voulu survivre.

J'ai peut être embrassé

les pistils de lumière que m'offraient mes paroles.

J'ai préféré aller aux obsèques de mes grand-mères suicidaires.

Ensuite j'ai inventé mille épitaphes

où apparaîtraient des mots contre l'oubli .

Lettres, douleur, regrets : abîmes dans l'abîme lui-même.

Didon, Phyllis, je le sais, m'ont appris à distinguer les couleurs du crépuscule

mais j'ai grimpé dans le train des conventions amoureuses.

Avec un chapeau je suis montée dans les wagons de la folie.

J'ai cru que je pourrais transformer mon doux chapeau en haut-de-forme déteint

en sortir peut-être une forêt,

un texte des nuages éteints

un épatant traité sur l'exténuant exil.

La forêt fut le livre effeuillé

et avec son l'épigramme j'ai recouvert mon propre cercueil.

Adieu chapeaux, adieu monsieur Huidobro.

Adieu les dieux dans lesquels Énée croyait.

Du haut-de-forme, plutôt qu'une

nous avons sorti mille tombes : des fleurs déteintes

et des textes passés sous silence.

J'ai voulu survivre

et j'ai embrassé un garçon d'Amérique Centrale.

Des craintes peut-être pour nommer l'amour.

Régimes clôturés de la tendresse.

Tristes pays sous forme de peau malade.

Nous sommes les vaincus,

Nous qui en lambeaux avions cru au mot Patrie.

Patrie et suicides comme emblème

des nouveaux textes.

Nous n'avons vu que des maquis pour faire éclater la lumière en forme de paroles.

Mort vive celle des suicides.

Didon, Phyllys, Sylvia, Alfonsina, Alejandra, elles savent que les seules prières

sont l'amertume du silence.

Ensuite, des lieux communs tels que cadavre – ombre – mort.

Nos amants sont partis dans des bateaux,

dans des corolles en forme de peur.

Nos poèmes sont restés dans la voûte des fantômes.

Mère des absentes.

Mère baiser dilué.

Phyllis, Didon :

Devrai-je partager encore mon corps avec l'absence ?

Devrais-je effeuiller les feuilles des livres pour recouvrir mon corps ?

Nudité orpheline de fleurs.

Clochers qui annoncent seulement la tradition de la tristesse.

Je suis sur le point de m'inhumer.

Je suis sur le point de céder devant l'écriture d'un poème.

Je ne trouve plus le tableau de Séraphine Louis

pour pouvoir me rappeler le discours des fleurs.

Didon, Phyllis, Alfonsina, Sylvia, Alejandra

Où puis-je déposer les paroles qui, je croyais, avaient la couleur d’Éros ?

Toucher en retard, merveilleusement devenu cercueil des histoires.

Je retrace les noms, les noms des suicidaires et le nom de mon amant.

Thanatos vomit sa fumée d'allergie au toucher, aux paroles.

 

Rocher qui saigne sera mon nom

Peu importe s'il y a un certificat de décès peint comme un récit.

 

III

Je suis née à n'importe quelle heure de l'hiver

Douce saison pour attendre les tristesses

Les nouvelles déesses m'attendaient

Héroïdes / Suicides / Combattantes de mots

Dans une horloge, pas de place pour les heures de l'absence ni de l'indifférence

Ni de l'oubli ni de l'abîme étendu à notre corps.

Les déesses restent encore

dans les annales du soupçon d'Homère et d'Ulysse.

Nous n'avons pas voulu reconnaître que parfois

nous avons embrassé des couleurs démentes.

Épées, séconal, pillules mortes

Épées, séconal : peut-être une même tombe.

Fosse commune pour celles fardées de passion et de folie.

 

IV

Je creuserai ma propre tombe :

rocher qui saigne

rocher transi, fatigué par la multiplicité des absences.

Rite funéraire clôturé.

J'occuperai la place des suicides.

Didon et Phyllis reposeront enfin hors de la tombe.

Visto 1130 veces Modificado por última vez en Viernes, 26 Enero 2018 05:33
Rocío García Rey

 Doctora en Letras por la UNAM. Es autora de los libros "La otra mujer zurda" , Mapa del cielo en ruinas y La Caverna.

Deja un comentario

Asegúrese de introducir toda la información requerida, indicada por un asterisco (*). No se permite código HTML.