Jueves, 13 Agosto 2020 03:12

ISABEL MIGUEL / Traduction par Miguel Ángel Real /

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ISABEL MIGUEL

Traduction par Miguel Ángel Real

 

 

 

ÉL

 

Él se acuna en la forma de la risa,

en la luz del anzuelo contra el agua

prodigando la vida frente al tiempo.

 

Yo entonces no entendía del verso de su boca

                                      ni de su mano ausente.

 

En un murmullo ciego,

                                     las paredes reclaman su presencia.

 

 

 

LUI

 

Il se berce dans la forme du rire,

dans la lumière de l'hameçon contre l'eau

prodiguant la vie face au temps.

 

Je ne comprenais pas alors le vers dans sa bouche

                                               ni dans sa main absente.

 

Dans un murmure aveugle,

                                               les murs réclament sa présence.

 

 

 

ELLA

 

Ella enhebra la aguja

descosiendo sus ojos en puntadas

y la radio fundiéndose en la tela.

 

Nosotras, puro juego,

desollamos la calle,

preservando la piel para el mañana.

 

Nunca tuvo mi tiempo más urgencia.

 

 

 

ELLE

 

Elle enfile l'aiguille

et découd ses yeux à chaque point :

la radio se fond dans la toile.

 

Nous, jeu pur,

nous écorchons la rue,

préservant la peau pour le lendemain.

 

Jamais mon temps ne fut plus urgent.

 

 

 

 

 

DESAHUCIO

 

Se llamaba María

y tenía su casa

muy cerca de la tuya.

Y  hace días, muy pocos, que no vive.

Hace días que no sale a la compra,

que no asoma su rostro a la ventana,

que no sueña

ni habla

ni respira.

Se ha vencido en el caos de la crisis

al terror del desahucio y del vacío.

Así mueren los pobres,

en silencio,

en el gris abandono de sus vidas,

sin conocer el grito de su fuerza,

su protesta en un coro de gargantas.

Y culpo a la avaricia,

a los mercados,

a los que nos gobiernan pese a todo,

de esta muerte.

Se llamaban María, Ana o Luisa,

poco importan sus nombres.

Su silencio es ahora

el fin de los silencios.

 

 

 

EXPULSION

 

Elle s'appelait María

et sa maison était

très près de la tienne.

Et depuis quelques jours, elle n'y habite plus.

Cela fait des jours qu'elle ne va plus faire les courses,

qu'elle ne montre pas son visage à la fenêtre,

qu'elle ne rêve

ni ne parle

ni ne respire.

Elle a été vaincue dans le chaos de la crise

par la terreur de l'expulsion et du vide.

Ainsi meurent les pauvres,

en silence,

dans l'abandon gris de leurs vies,

sans connaître le cri de leur force,

leurs protestations dans un chœur de gorges.

Et je blâme l'avarice,

les marchés,

ceux qui nous gouvernent malgré tout,

pour cette mort.
Elles s'appelaient María, Ana ou Luisa,

peu importent leurs noms.
Leur silence est maintenant

la fin des silences.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En qué la lágrima.

Si hay un talud de escombros y una mano.

Si hay una marcha-huida en el camino

y el peso del adiós rompe en la espalda.

 

En qué la lágrima.

Si hay hambre que es angustia y es futuro.

Si hay un temblor que llora en cada niño

y la muerte se esconde en sus zapatos.

 

Cuándo, dónde la lágrima.

Si una profunda arruga está tallando

su rictus de dolor en cada rostro.

 

El mar es tumba y llanto

para sus ojos secos.

 

 

 

En quoi les larmes.

S'il y a un talus de décombres et une main.
S'il y a une marche-fuite sur le chemin

et que le poids de l'adieu se brise sur le dos.

 

En quoi les larmes.

S'il y a la faim, qui est angoisse et avenir.
S'il y a un tremblement qui pleure dans chaque enfant

et que la mort se cache dans leurs chaussures.

 

Quand, où les larmes.
Si une ride profonde taille

son rictus de douleur sur chaque visage.

 

La mer est une tombe, des pleurs

pour ses yeux desséchés.

 

 

 

 

 

MURO

 

Dice tapia, pared

                           y digo muro.

Dice hormigón creciente

                          y digo llaga.

 

No es cicatriz, es larga herida abierta

de sangre triste y aciago recorrido.

 

Digo paz y aparece

herida la paloma.

 

Digo libre y justicia

y sus colores saltan,

salpican la grisura

e impregnan el cemento,

                      pero no lo derriban.

 

El muro fagocita

                     las ideas más nobles.

 

 

 

 

MUR

 

On dit cloison, paroi

                                    et moi je dis mur.

On dit béton croissant

                                    et moi je dis plaie.

 

Ce n'est pas une cicatrice, mais une longue blessure béante

au sang triste et au parcours funeste.

 

Je dis paix et elle apparaît

blessée, la colombe.

 

Je dis libre et justice

et ses couleurs sautent,

elles éclaboussent la grisaille

et imprègnent le ciment,

            mais ne l'abattent pas.

 

Le mur phagocyte

                        les idées les plus nobles

 

 

 

 

AGUIJÓN

 

En un chispazo, la certeza

de ser ya cuerpo herido.

 

La carne es una masa.

La carne es la apariencia y tu figura.

La carne que se apega a tanta carne.

 

Renunciar a la masa y no a tu cuerpo

y despedirte en ella de una etapa.

 

Adivinar en ese aguijonazo

el coste trascendente de estar viva.

 

 

 

DARD

 

Sur une étincelle, la certitude

d'être déjà un corps blessé.

 

La chair est une masse.

La chair est l'apparence et ta figure.
La chair qui s'attache à tant de chair.

 

Renoncer à la masse et pas à ton corps

et en elle prendre congé d'une étape.

 

Deviner dans ce coup de dard

le coût transcendant d'être vivante.

 

 

 

 

 

 

En la sal y la espuma,

en la umbría del árbol

entierro el rugido del hueso,

el feroz alarido de la carne.

 

La atávica certeza

y el arcano misterio

ocultos en la flor que alienta,

en el vigor pujante de la savia.

 

Como la piel,

la arena guarda

la pertinaz certidumbre del tiempo.

 

 

 

 

Dans le sel et l'écume,

dans l'ombre de l'arbre

j'enterre le rugissement de l'os,

le hurlement féroce de la chair.

 

La certitude atavique

et le mystère arcane

cachés dans la fleur qui t'encourage,

dans la vigueur puissante de la sève.

 

Comme la peau,

le sable garde

la certitude obstinée du temps.

 

 

 

 

Apenas se sucede la eclosión,

cada pequeña larva emprende la tarea.

Trabajo y alimento crean surcos,

dejan rastro de quera tras su paso.

Galerías, caminos, galerías.

Buscando qué futuro, qué salida.

Con su trabajo lento y continuado

apuntan  destrucción a este presente.

 

Todo terminará en la tristeza,

                                     así es su carcoma. 

 

 

 

L'éclosion se succède à peine,

chaque petite larve se met à la tâche.

Le travail et l'aliment créent des sillons,

laissent des traces de termite après leur passage.

Des galeries, des chemins, des galeries.

À la recherche de quel avenir, de quelle issue.
Par leur besogne lente et continue

elles visent la destruction de ce présent.

 

Tout s’achèvera dans la tristesse,

                                               telle est leur vermoulure.

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ISABEL MIGUEL

Poeta y traductora nacida en Soria, vive en Madrid. Ha dirigido y/o coordinado diferentes revistas literarias, así como tertulias y grupos. Actualmente coordina la revista internacional de poesía “Álora la bien cercada”. Sus poemas y traducciones han sido publicados en numerosas revistas de ámbito nacional e internacional, así como en más de cincuenta antologías españolas y extranjeras. Ha publicado en Los libros de Umsalua el poemario Desvanes mínimos (Sevilla,2011) y Desvanes mínimos Antología / Sobrados mínimos en la Editorial Lastura (2013) .

Poemas suyos han sido traducidos al francés, inglés, búlgaro, italiano, rumano, gallego, catalán, portugués y árabe. Ha participado en numerosos encuentros poéticos nacionales e internacionales, habiendo dirigido el I Encuentro internacional de Naciones Unidas de las Letras en Ronda (Málaga).

Forma parte de la junta directiva de la asociación feminista de mujeres poetas Genialogías.

Es miembro del consejo editorial de la Editorial Lastura donde dirige la colección de poesía Alcalima.

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