Miércoles, 23 Octubre 2019 03:38

JEAN JACQUES BROUARD / Canicule /

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JEAN JACQUES BROUARD

Canicule

Traducción de Miguel Ángel Real

 

 

 

 

Ta voix est maintenant plus claire

Le poème sera mieux dit qu’avant

Le chant plus fort et plus claquant

Dans l’air tendu comme un tambour

 

Sous le soleil cuit dorent les feuilles vierges

Pour le jeteur d’encre et le montreur de rêves

Sept heures sonnent à l’église du bourg

Sept taches donnent à l’informe des contours

 

Les pies jacassent comme des sorcières

L’herbe crisse sous les pieds gauches

Les oiseaux caressent la harpe des bois de leurs ailes noires

Les montagnes opalescentes dansent dans le brasier des vagues

 

Blessure de la liberté de flâner sans créer

Même si tout redevient possible dans le dédale du langage

L’extase est molle et la sérénité est la limite

L’angoisse, elle vient le soir, quand pousse le silence des ombres

Et que la solitude te mord le cœur

 

Le désir de vague alors se fait plus fort

Un picotement dans le jarret

Qui te pousse à courir vers les ports

Pour entendre toute la musique du monde

Pour donner de la voix

 

Dans le vent d’Ouest qui galope sur la baie

Un soleil mercuriel à t’arracher l’âme

De la musique à te faire croire au bonheur

 

Un millier d’esquifs sous l’œil, immobiles,

Les cornemuses de l’au-delà des mers qui mugissent à l’orient

Quand les bateaux quittent le port, des marins hurlent dans leur lit,

Pris par la fièvre des sirènes sans hommes

 

Cheveux de déesses dans les caisses à poisson

Lions de mer et chevaux océans

Malgré les fables du fond des bars

Et les lubies du poète saoul

Le monde garde sa beauté

Hésitation entre la jouissance et l’extase

Le soleil entraîne à la danse et aux libations

Les nuages à la méditation et aux rêves

La nuit à l’amour et aux fantasmes

L’aube à la création

 

 

Canícula

 

Tu voz es ahora más clara

El poema se dirá mejor que antes

El cántico más fuerte y más restallante

En el aire tenso como un tambor

 

Bajo el sol ardido se tuestan las hojas vírgenes

Para el echador de tinta y el que muestra los sueños

Dan las siete en la iglesia del pueblo

Siete manchas le dan contornos a lo informe

 

Las urracas graznan como brujas

La hierba cruje bajo el pie izquierdo

Los pájaros acarician el arpa de los bosques con sus alas negras

Las montañas opalescentes bailan en la hoguera de las olas

 

Herida de la libertad, errar sin crear

Aunque todo se hace posible en el dédalo del lenguaje

El éxtasis es blando y la serenidad es el límite

La angustia llega de noche, cuando crece el silencio de las sombras

Y la soledad te muerde el corazón

 

El deseo de ola se hace pues más fuerte

Un picor en las corvas

Que te empuja a correr hacia los puertos

Para oír toda la música del mundo

Para levantar la voz

 

En el viento de oeste que galopa en la bahía

Un sol tan mercurial que te arranca el alma

Una música que te hace creer en la felicidad

 

Un millar de esquifes a la vista, inmóviles,

Las cornamusas de allende los mares que mugen en oriente

Cuando los barcos dejan el puerto, los marinos aúllan en sus camas,

Atrapados por la fiebre de las sirenas sin hombres

 

Cabellos de diosas en las cajas de pescado

Leones marinos y caballos oceánicos

A pesar de las fábulas al fondo de los bares

Y los caprichos del poeta ebrio

El mundo guarda su belleza

Duda entre el gozo y el éxtasis

El sol nos lleva a la danza, a las libaciones

Las nubes a la meditación y a los sueños

La noche al amor y a las fantasías

El alba a la creación

 

 

 

 

 

HISTORIQUE DES QUETES

 

  J'ai fouillé jusqu'aux entrailles les regards des animaux morts

               J'ai cherché vérités et noumènes

                             Amers

                            Bornes

                            Jalons

                            Stûpas

          J'ai touché du regard les monuments du monde

  Et posé  mes mains moites sur le grain sec des pierres friables

                        Signes minéraux

         Repères de la mémoire qui détiennent l'insignifié

                           Mémorial

          Œuvres vives de passants ciselées par les vents

            Et dont le nom est noyé dans les sables

 

      Oui, j'ai embrassé les arbres dans les deux mondes

            Ceux qui marient le rêve à la conscience

                        L'air à la Terre

           Le royaume des vivants à l'empire des morts

                L'apparence à d'éternels mystères

           Les étoiles à la chair aveuglante du magma

                   L'épicentre à l'écliptique

                        Le  vent à l'eau

                     L'Homme à son origine

                    Créatures des deux sexes

                       Mâle et femelle

                    Levain et pâte non-levée

                       Forme  et matière

                 Père nourricier chargé de fruits

               Mère  infanticide parée de pendus

     Maternelles ramures qui dispensent ombre et fraîcheur

Paternelles cimes qui séduisent la foudre et se jouent des artefacts

                      Douceur de la feuille

                       Rigueur de l'écorce

           Femme  dans l'arrondi fécond des branches

           Homme  dans la raideur pénétrante du tronc

           Arbres grands signes d'amour et de fertilité

                        Bornes du passé

                        Jalons du futur

                     Présent désert espace

                     Amers idéographiques

Signaux en arabesques de l'eau qui palpite au ventre du continent

                        Fantômes le jour

                        Spectres la nuit

                       Corps et membres

                        Formes et âmes

                    Arbres arbres Ô arbres !

           Nos bouches sont indignes de vous nommer

          Car vos noms sont du domaine cosmique

             Comme  le craquement des galaxies

             Comme  les crépitements des étoiles

          Comme  le souffle rauque du vent de mer

               Comme   le vacarme de l'océan

             Comme  l'éclatement noir de l'orage

               Comme le hurlement du typhon

               Comme le rugissement du dragon

               Comme le tremblement de la terre

                 Comme le silence originel

 

                    Une fois produit par

                       L'écrivain

                       Le scripteur

                       L'émetteur

                         Le nègre

                       Le  démiurge

                    L'alchimiste du verbe

                    Le forgeur de mots

                    L'excréteur de sens

                  Le prolétaire à la ligne

                    Le veilleur de l'aube

                       Le langagier

                         Le poète

 

             Le texte rameau pousse sans cesse

           secrète  du sens et engendre du texte

               darde l'esprit de ses branches

Des praticiens de la poétique, en mal d'exégèse et d'érudition,

        se changent en maïeuticiens ou en forestiers

       Puis, le lecteur vient danser dans le sous-bois

               Les  arabesques de sa transe

               Et embrasser le tronc ancestral

                 Et boire la sève nourricière

           Sa chevelure se mêle aux frondaisons

 

    Je suis un arbre qui marche et qui noircit ses feuilles

 

 

 

HISTORIAL DE BÚSQUEDAS

 

Escarbé hasta las entrañas en las miradas de los animales muertos

Busqué verdades y noúmenos

Amargos

Hitos

Jalones

Stupas

Toqué con la mirada los monumentos del mundo

Y puse mis manos sudorosas sobre el grano seco de las piedras friables

Signos minerales

Marcas de la memoria que contienen lo insignificado

Memorial

Obras vivas de transeúntes cincelados por los vientos

Y cuyo nombre está ahogado en las arenas

 

Sí, abracé los árboles en los dos mundos

Los que casan el sueño y la conciencia

El aire a la Tierra

El reino de los vivos al imperio de los muertos

La apariencia a eternos misterios

Las estrellas a la carne cegadora del magma

El epicentro a la eclíptica

El viento al agua

El hombre a su origen

Criaturas de ambos sexos

Macho y hembra

Levadura y masa sin levantar

Forma y materia

Padre nutricio cargado de frutas

madre infanticida ataviada con ahorcados

Maternales ramajes que reparten sombra y frescor

Paternales cimas que seducen al rayo y se burlan de los artefactos

Suavidad de la hoja

Rigor de la corteza

Mujer en la redondez fecunda de las ramas

Hombre  en la rigidez penetrante del tronco

Arboles grandes signos de amor y fertilidad

Hitos del pasado

Jalones del futuro

Presiente despierto espacio

Amargos ideográficos

Señales en arabescos del agua que palpita en el vientre del continente

Fantasmas de día

Espectros de noche

Cuerpo y miembros

Formas y almas

¡Arboles árboles oh árboles !

Nuestras bocas no son dignas de nombraros

Pues vuestros nombres son del ámbito cósmico

Como el crujido de las galaxias

Como la crepitación de las estrellas

Como el soplo ronco del viento marino

Como el estrépito del océano

Como el estallido negro del temporal

Como el aullido del tifón

Como el rugir del dragón

Como el temblor de la tierra

Como el silencio original

 

Una vez producido por

El escritor

El escribano

El emisor

El negro

El demiurgo

El alquimista del verbo

El forjador de palabras

El excretor de sentidos

El proletario aislado

El sereno del alba

El lingüista

El poeta

 

El texto ramo crece sin cesar

secreta sentido y engendra texto

lanza dardos al espíritu con sus ramas

Poetastros carentes de exégesis y de erudición

volviéndose mayéuticos o guardas forestales

Y después el lector viene a bailar al claro

Los arabescos de su trance

Y a abrazar el tronco ancestral

y a beber la savia nutricia

Su melena se mezcla con la frondosidad

 

Soy un árbol que anda y ennegrece sus hojas

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Jean-Jacques Brouard

Jean-Jacques Brouard, alias  « Yann Maho » (Francia, 1952)

 

Estudios de letras en Rennes.

 

Trotamundos, camarero, farero, banquero, profesor de letras y de lexicología, traductor, hombre de letras vivas, pintor dominguero y del resto de la semana, paseante, bloguero, bromista, conferenciante, actor de teatro amateur, artesano de la escritura... Ebrio de vida, de humor, de libros y de poesía... « El sentido de mi búsqueda es la búsqueda del sentido ». Continuará...

 

 

Poemarios

Fulgurances  - 2000

[…]Elle  2010-2018

Arbres à la dérive - 2014-2017

Transes bleues - 2017

Antichambre du gouffre - 2017-2018

Lézard poétique - 2017

Eloge de l’aube - 2018

Enthousiasmes - 2019

 

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