Jueves, 23 Abril 2020 00:53

FRANÇOIS DE CORNIÈRE : COMME L'ÉCRIVAIT CARVER / COMO LO ESCRIBÍA CARVER /

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FRANÇOIS DE CORNIÈRE

COMME L'ÉCRIVAIT CARVER

 

Traducción de Marceau Vasseur

y Miguel Ángel Real

 

 

Tard en fin de journée

nous allions marcher sur la plage

jusqu'à la côte sauvage.

 

Après l'hiver enfin

apparaissait un soir

un premier château de sable.

 

J'aimais ce moment-là

comme retrouver tracés

en  lettres de coquillages

des prénoms amoureux

des cœurs petits cailloux

des jardins bordés d'algues

aux clôtures de galets.

 

Ces monuments laissés sur place

par des enfants obligés de rentrer

comptent toujours pour moi.

 

Quand  je les vois renaître

je pense que nous sommes ces deux-là

qui continuent de marcher

s'arrêtent pour regarder

et qui font attention

de ne pas piétiner

comme l'écrivait Carver:

"La vitesse foudroyante du passé."

 

 

 

COMO LO ESCRIBÍA CARVER

 

Tarde, al final del día,

íbamos a caminar por la playa

hasta la costa salvaje.

 

Tras el invierno, por fin,

una tarde aparecía

el primer castillo de arena.

 

Me gustaba aquel momento

como encontrar trazados

en letras de conchas

nombres de enamorados

corazones piedrecitas

jardines bordeados de algas

con cercas de guijarros.

 

Esos monumentos abandonados

por niños que debieron volver a casa

siguen contando para mí.

 

Cuando los veo renacer

pienso que somos esos dos

que siguen caminando

se paran a mirar

y llevan cuidado

en no pisar

como lo escribía Carver

“La velocidad fulminante del pasado”

 

 

 

 

LES DEUX HORIZONS

 

 

C'était la fin de l'hiver

le ciel était gris clair

laiteux presque blanc

et la mer

dans les mêmes demi-teintes

ressemblait à un lac.

 

Au loin du  côté de l'île

— qu'on distinguait à peine —

une dizaine de voiles

étaient immobilisées

légères

comme  suspendues  dans le vide.

 

Deux traits de pinceau parallèles

leur avaient dessiné

un cadre tout en longueur

qui n'était ni le ciel ni la mer

mais la fusion des deux.

 

Nous étions restés un bon  moment

à regarder ce monde fragile

vibrer se transformer

et enfin s'effacer.

 

Nous nous étions mis d'accord

sur le titre de l'estampe :

Les deux  horizons

 

Puis nous étions partis

sur nos vélos rouillés

faire un tour au Japon.

 

 

 

 

LOS DOS HORIZONTES

 

- Fin de invierno -

El cielo era gris claro

lechoso, casi blanco

y el mar

en la misma luz tenue

parecía un lago.

 

A lo lejos junto a la isla

- que a penas se distinguía-

una decena de velas

estaban inmóviles

ligeras

como colgadas en el vacío.

 

Dos pinceladas paralelas

les habían dibujado

un marco alargado

que no era ni el cielo ni el mar

sino la fusión de ambos.

 

Nos habíamos quedado un buen momento

mirando este mundo frágil

vibrar transformarse

y al fin borrarse.

 

Nos habíamos puesto de acuerdo

sobre el título de la estampa :

Los dos horizontes

 

Y nos fuimos

sobre nuestras bicicletas oxidadas

a dar una vuelta a Japón.

 

DANS SON BOL DE THÉ

 

 

Elle me dit qu'elle aime

regarder le reflet du ciel

ou celui de l'arbre

ou celui du rideau

dans son bol de thé.

 

« C'est la lumière qui fait tout »

me dit-elle souvent

quand elle me montre entre ses mains

l'image qu'elle fait trembler

en rides concentriques.

 

C'est l'instant rond qu'elle saisit là

le tableau d'une profondeur

qui dépend d'un nuage pressé

du soleil à travers la vitre

d'une ombre un peu penchée.

 

Je ne sais pas à quoi elle pense

dans ces moments-là

mais je crois moi aussi

l'importance de ce qui passe

ou de ce qui s'arrête

dans un bol de thé.

 

 

 

 

 

 

EN SU TAZÓN DE TÉ

 

Ella me dice que le gusta

mirar el reflejo del cielo

o el del árbol

o el de la cortina

en su tazón de té.

 

“Todo lo hace la luz”

me dice a menudo

cuando me enseña entre sus manos

la imagen que hace temblar

en arrugas concéntricas.

 

Atrapa así un instante redondo

el cuadro de una profundidad

que depende de una nube apresurada

del sol tras la ventana

de una sombra algo inclinada.

 

No sé en qué piensa

en esos momentos

pero yo también creo

en la importancia de lo que pasa

o de lo que se detiene

en un tazón de té.

 

De « Nageur du petit matin », Ed. Le Castor Astral 2015

 

 

 

 

 

 

COUREURS DE DESTIN

 

 

L'homme attendait au volant.

Il avait coupé la radio

pris le journal dans son sac

essayé de lire un article.

Il avait replié le journal.

 

Il pleuvait fort maintenant.

L'homme entendait les gouttes

sur le toit de la voiture

— un bruit ancien qui lui rappelait

des moments de sa vie.

 

Sur le pare-brise les gouttes

suivaient des chemins en descente

comme  des petits coureurs de destin

qui s'arrêtaient d'un coup

ou qui se précipitaient.

L'homme les regardait.

 

La lumière verte clignotante

de la pharmacie à côté

avait presque disparu.

La buée recouvrait toutes les vitres.

 

« Je n'ai pas été trop longue?  »

Il avait tourné la tête

elle était trempée.

L'homme avait mis le contact

poussé la ventilation à fond.

Il lui avait répondu non.

 

 

 

 

CORREDORES DEL DESTINO

 

El hombre esperaba al volante.
Había apagado la radio

cogió el periódico de la bolsa

intentó leer un artículo.

Había doblado el periódico.

 

Llovía a cántaros ahora.

El hombre oía las gotas

sobre el coche

-un ruido antiguo que le recordaba

momentos de su vida.

 

En el parabrisas las gotas

seguían caminos al bajar

como pequeños corredores del destino

que se paraban de pronto

o se precipitaban.

El hombre los miraba.

 

La luz verde parpadeante

de la farmacia de al lado

casi había desaparecido.

El vaho cubría todas las ventanillas.

 

“¿No he tardado mucho?”

Volvió la cabeza;

ella estaba empapada.

El hombre puso el contacto

y la ventilación a tope.

Respondió que no.

 

IL A PLU PENDANT LE FILM

 

 

« Il a plu pendant le film»

a dit une femme devant moi

à la sortie du cinéma.

 

Je me souviens de ses paroles

du trottoir mouillé

où le ciel à l'envers

se voyait dans les flaques.

 

Dans la rue j'ai retrouvé

cette émotion enfouie

depuis tant d'années :

 

me retrouver dehors

après la séance de l'après-midi

il fait jour encore

une partie du ciel

est complètement  noire de  nuages

et l'autre bleue d'hiver.

 

L'impression d'être un figurant

un peu perdu

d'avoir été absent un long moment

— mais de quoi ?

 

Les pneus des voitures

font voler des gouttelettes.

 

« Il ne se passe rien dans ce film !»

a ronchonné l'homme.

 

J'ai regardé le couple s'en aller.

J'ai pensé à ma vie.

 

 

 

 

HA LLOVIDO DURANTE LA PELÍCULA

 

“Ha llovido durante la película”

ha dicho una mujer delante de mí

al salir del cine.

 

Recuerdo sus palabras

la acera mojada

donde el cielo al revés

se veía en los charcos.

 

En la calle volví a encontrar

esa emoción enterrada

desde hace tantos años:

 

hallarme fuera

tras la sesión de tarde

aún es de día

una parte del cielo

está cubierta de nubes negras

y la otra tiene un azul de invierno.

 

La impresión de ser un figurante

algo perdido

de haberme ausentado durante un largo momento

-¿pero de qué?

 

Los neumáticos de los coches

hacen volar las gotas.

 

“¡En esta película no pasa nada!

protestó el hombre.

 

Vi cómo se alejaba la pareja.
Pensé en mi vida.

 

De « Ça tient à quoi », Ed. Le Castor Astral, 2019

Visto 781 veces Modificado por última vez en Jueves, 23 Abril 2020 01:26
François de Cornière

François de Cornière es un escritor francés nacido el 8 de marzo de 1950. Ha publicado más de veinte libros de prosa y poesía, entre los cuales Ça tient à quoi?, 2019, Nageur du petit matin, 2015 o Ces moments-là : poèmes, 1980-2010, 2010, los tres en la editorial Le Castor Astral. En 1992 fue galardonado con el premio Guillaume Apollinaire y el premio Georges Limbour por Tout cela (Le dé bleu / Ecrits des forges / L'arbre à paroles)

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